26 mai 2008
La traversee du desert
Pour quitter ce doux pays avant l'experiation du visa, il me faut filer a travers 700 km de desert entre Achkhabat et Turkmenabat.
Sur les conseils de la vice-consule de France (bien cool Eliane), je choisis un chauffeur un peu age, verifie vaguement l'etat de la voiture et apres la nego du tarif, nous voila partis.
J'avais oublie qu'au Turkmenistan, on ne peut pas fumer dans la rue. Mes compagnons d'aventure, sitot les portes fermees, allument leurs cigarettes. Et 5 minutes plus tard, ils s'arretent faire le plein au bazar. Je vois depasser des sacs avec angoisse la bouteille de vodka, le pain et le saucisson (type, a l'ail).
En sortant de la ville, la voiture zigzague entre les nids de poules (enfin, d'autruches), rebondit sur les bosses et je tente de ne pas renverser les 3 verres de vodka que je tiens pendant que Nourei verse le 4e. 4e? ah oui!, j'avais oublie le chauffeur : lui aussi a bien le droit de boire. Une cloppe dans une main, sa vodka dans l'autre, Oshka nous conduit a 140 km/h sur cette route defoncee. Je vois avec soulagement mon 3e verre de vodka terminer la bouteille.
C'est pas le tout mais il commence a faire soif, alors il faut s'arreter acheter 2 litres de biere bien fraiche. Ca aide a dormir m'explique Nourei, alors que Welly nous raconte ses exploits avec les russes en Afghanistan. Va dormir avec la peur au ventre...
A mi-chemin, changement d'equipe. Ceux-la sont moins caricaturaux, ils osent meme acheter de la biere sans alcool (la meme saleporie qu'en Iran, je suis decu). Il faut encore que je verifie aupres du commite d'organisation pour l'annee prochaine s'il est possible d'inviter des concurrentes etrangeres (hein Guillaume?) mais j'ai rencontre une candidate potentielle pour l'election des miss a la fete du boudin de Theys. Qui vote pour Narguitsa?
25 mai 2008
Le fabuleux Turmenbachi

Saparmourad Niazov, aussi connu sous le sobriquet de Turmenbachi le Grand (chef des Turkmenes), etait un melange improbable des comiques de la famille Kim qui commandent la Coree du Nord depuis des decennies et de Walt Disney.
Sans faire de la psychologie de comptoir, il faut dire qu'il a peut-etre eu une enfance difficile, son pere s'etant fait tuer durant la seconde guerre mondiale (il avait 3 ans), sa mere et ses 2 freres perissant dans un enorme tremblement de terre qui a raye Achkhabat de la carte 5 ans plus tard.

Apres une carriere politique sovietique classique, il s'est retrouve a la tete de la republique independante en 1991 et il a commence a peter les plombs. Vous avez deja vu ses gouts architecturaux precedemment, voici egalement les statues en or le representant qu'il affectionnait tant.
Vous ne trouvez pas qu'il pousse le bouchon un peu loin en se faisant representer en JF Kennedy?
Une fois l'an, le facetieux Turkmenbachi reunissait un areopage de ministres et de hauts-fonctionnaires en costard au pied de ce bel escalier qui court sur 8 km de cretes et les invitait a le rejoindre a l'autre bout du parcours que lui-meme atteignait en helicoptere. Petit rappel : quand je suis passe, il faisait 45 degres a l'ombre...
Bizarrement, malgre les milliers de morts, tortures, deportes, les Turkmenes sont plutot fiers de l'avoir eu, il a flatte un sentiment nationaliste, magnifie leur passe trop longtemps pietine par les russes.
Le nouveau president a aussi un nom rigolo : Gourbangouly Berdymouhammedov ; il semble vouloir ouvrir le pays aux echanges internationaux mais les pauvres Turkmenes n'ont pas fini de craindre la police et les ecoutes. Il serait le fils naturel du Turmenbachi qui a (mal)heureusement quitte ce monde le 11 decembre 2006.
24 mai 2008
Surprenant

La route qui part de Quchan (IR) s'eleve vers la frontiere a travers des champs de ble. Quchan est entouree de montagnes, ce qui lui garantit une certaine fraicheur et un peu de precipitations permettant les cultures. Dans le taxi, je tombe sur des kurdes. Je retrouve l'ambiance endiablee de l'est de la Turquie avec la musique a fond (speciale dedicace a Emilie).
La premiere chose qui frappe lorsqu'on arrive a Achkhabat, ce sont ces enormes immeubles espaces et revetus de marbre. La regle est simple : les gros immeubles "speciaux" (on ne va pas dire moches) ont ete construits par les turcs. Quand c'est du serieux : palais du Turmenbachi (j'y reviendrai sur ce brave homme), parlement, etc.. on fait appel a Bouygue.
Le passage sovietique se fait sentir dans les quartiers d'immeubles (on retrouve les memes magnifiques habitations en Tchequie, Roumanie, etc...), dans l'ancien immeuble des archives recouvert d'une belle sculpture realiste pur style ou dans le salut de ce bon vieux Vladimir Ilitch Oulianov juche sur son socle d'inspiration islamique.
Le petage de plombs architectural couvre egalement le domaine religieux avec une replique (en plus petit) de la mosquee bleue d'Istambul celebrant l'amitie avec les turcs. En general, les mosquees sont immenses et vides, avec de pauvres femmes qui astiquent les marbres a longueur de journee au soleil. 
Pour retrouver un peu de Turkmenistan traditionnel, rien de tel que l'immense bazar de Tolkuchka. A l'exterieur de l'oasis artificielle qu'est Achkhabat, ont se trouve aux portes d'un immense desert.
Les dunes sont a quelques metres des stands. Comme dans
tous les bazars, les secteurs sont organises par types de denrees (alimentaire, hi-fi, automobile, textile, animaux...). Ca s'etale sur des hectares. Certains utilisent meme de vieux containers de bateau comme echoppe.
Des lois fortement coercitives ont fait d'Achkhabat une sorte de Disneyland. Des milliers de gens s'activent a nettoyer les rues, a recurer les caniveaux, a couper les pelouses (presque aux ciseaux!). C'est a la fois ridicule mais aussi plaisant apres les detritus qui jonchent l'Iran. Et en prime ici, les conducteurs s'arretent au feu pour vous laisser passer, on trouve de la biere fraiche et des saucisses avec du vrai cochon dedans et les femmes se promenent en tenue traditionnelle (longue robe a manches courtes, legere et pres du corps avec des broderies sur la poitrine). Honnetement, ca ressemble un peu au paradis :-).
Apres la chaleur du bazar et des ruines de Nissa (une fois sur place, on se rend bien compte que Gengis Khan a VRAIMENT TOUT rase a l'epoque), petit plouf dans la piscine de l'enorme (et vide) hotel 5 etoiles de la ville ou je trouve... un roumain grenoblois.
Je suis convie a profiter des delices de la nuit d'Achkhabat : resto ouzbek avec un vin du pays d'oc (la bouteille a 2 euros a carrouf que tu paies 45 ici). Quand Ghenady (j'ai ete convie a un diner d'affaires :-) paie l'addition, la pile de billets touche le plafond.
Comme on ne peut pas en rester la, il ne reste qu'a braver le couvre-feu de 23h pour aller voir a quoi ressemblent les discotheques turkmenes. C'est comme chez nous a la campagne avec de la musique aussi pourrie mais en russe.
La sortie de boite reserve quelques surprises avec l'eclairage des monuments : on dirait que les martiens ont debarque. J'espere que l'architecte et le mec qui a choisi les couleurs de ces monuments (notamment la ventouse a chiottes) ont ete deportes au goulag.